En l’espace de quelques mois, trois textes sont venus modifier les règles du recouvrement des factures impayées : le décret n° 2026-96 du 16 février 2026, le décret n° 2026-683 du 27 juillet 2026 et la loi n° 2026-307 du 23 avril 2026.
L’objectif affiché est double : accélérer le recouvrement des créances, tout en désengorgeant les juridictions.
Le décret n° 2026-96 du 16 février 2026 modifie la procédure d’injonction de payer pour les ordonnances rendues à compter du 1er septembre 2026.
Première nouveauté, et non des moindres : le délai de signification de l’ordonnance passe de six à trois mois. Passé ce délai, l’ordonnance est non avenue (article 1411 du Code de procédure civile).
Concrètement, une ordonnance rendue le 15 septembre 2026 devra avoir été signifiée le 15 décembre 2026 au plus tard. Celles rendues avant le 1er septembre conservent, quant à elles, le délai de six mois.
Le débiteur dispose toujours, en revanche, d’un mois à compter de la signification pour former opposition (article 1416 du Code de procédure civile).
Autre changement : fini le certificat de non-opposition. Si, dans les deux mois suivant la signification, le créancier n’a reçu ni avis d’opposition, ni invitation à consigner, il peut poursuivre l’exécution forcée de l’ordonnance (article 1422 du Code de procédure civile).
Il est à noter qu’en cas d’opposition, le créancier doit désormais produire à l’audience l’acte de signification de l’ordonnance.
Le décret n° 2026-683 du 27 juillet 2026, dit « Magicobus III », a créé une procédure d’admission rapide des demandes incontestées, dite «PARDI ».
Jusqu’à présent, lorsque le défendeur ne comparaissait pas, le juge ne faisait droit à la demande que dans la mesure où il l’estimait régulière, recevable et bien fondée (article 472 du Code de procédure civile).
Depuis le 1er octobre 2026, la donne change : le juge de première instance peut faire droit à la demande sans motiver sa décision. Encore faut-il que :
Le demandeur peut toutefois s’opposer à ce mécanisme, s’il préfère obtenir une décision motivée.
Ce nouveau dispositif s’applique aux instances introduites depuis le 1er octobre 2026 devant les juridictions civiles et commerciales statuant au fond.
En pratique, le créancier a tout intérêt à ce que le commissaire de justice remette l’assignation à la personne même du débiteur. C’est cette modalité de délivrance qui ouvre la voie au traitement accéléré.
Il convient également de mettre à jour les modèles d’assignation : l’article 56 du Code de procédure civile impose désormais, à peine de nullité, que l’avertissement adressé au défendeur renvoie aux modalités prévues au troisième alinéa de l’article 472.
La loi n° 2026-307 du 23 avril 2026 a instauré une procédure simplifiée de recouvrement des créances commerciales incontestées (articles L. 126-1 à L. 126-6 du Code des procédures civiles d’exécution).
Elle vise les créances nées d’une facturation entre commerçants, à condition qu’elles soient certaines, liquides et exigibles, et que le débiteur ne les conteste pas.
Le mode opératoire est le suivant :
Deux différences notables avec la procédure simplifiée de recouvrement des petites créances : il n’existe plus de plafond de 5.000 €, et l’accord du débiteur n’est plus requis. Les frais, eux, sont mis à sa charge.
Il est à noter que si la loi est entrée en vigueur le 25 avril 2026, sa mise en œuvre est subordonnée à la publication d’un décret en Conseil d’État (article L. 126-6 du Code des procédures civiles d’exécution), qui n’est pas encore paru à ce jour.
Le choix de la voie de recouvrement dépend avant tout de la situation du débiteur et du risque de contestation :
| Situation | Voie adaptée | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Facture entre commerçants, jamais contestée | Procédure des créances commerciales incontestées, dès parution du décret | Dossier justificatif complet dès le départ (bon de commande, livraison, relances) |
| Créance contractuelle claire, risque de contestation faible | Injonction de payer | Signifier dans les trois mois de l’ordonnance |
| Débiteur qui conteste ou créance plus complexe | Assignation au fond, ou référé-provision si l’obligation n’est pas sérieusement contestable | Assignation à jour de l’article 56, délivrée à personne si possible |
| Débiteur en difficulté | Déclaration de créance en cas de procédure collective | Délai de déclaration de deux mois à compter de la publication au BODACC |
Pour tirer pleinement parti de ces réformes, nous vous recommandons d’adopter quelques réflexes simples :
« Face à une facture impayée, le temps joue désormais contre le créancier. Les délais se resserrent : il faut agir tôt, et dans les règles. »
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